présentation du livre les espaces de formation innovants sur fond vert jaune

Ce que le Quebec et la Finlande font de leurs salles de classe (et qu'on pourrait copier)

Et si la meilleure façon de repenser l'aménagement de la classe était d'aller voir ailleurs comment on fait ? Pendant neuf mois, une chercheuse a parcouru le Québec, l'Europe du Nord, l'Australie et la Nouvelle-Calédonie pour observer des espaces d'apprentissage qui sortent de l'ordinaire. Ce qu'elle en a rapporté n'est pas une collection de jolies photos, mais une autre manière de penser la salle de classe.

Un voyage pour regarder autrement l'aménagement de la classe

On croit souvent qu'innover dans l'aménagement des espaces, c'est une question de budget ou de mobilier dernier cri. L'observation de terrain raconte une autre histoire. Ce qui distingue les espaces d'apprentissage les plus inspirants à travers le monde, ce n'est pas leur coût : c'est l'intention qui les habite.

Ce voyage d'exploration — mené entre 2022 et 2023 à la rencontre d'enseignants, de formateurs et de concepteurs d'espaces sur plusieurs continents — partait d'un constat simple : il manquait, en français, une vraie connaissance des espaces actifs d'apprentissage. Plutôt que de théoriser depuis un bureau du professeur, l'autrice est allée voir, photographier, interviewer, écouter. De ces rencontres validées une à une par leurs acteurs est née une « grammaire de l'espace » : non pas des recettes à copier, mais des principes qui voyagent d'un pays à l'autre.

Ce qui frappe quand on regarde la salle de classe ailleurs

Plusieurs cultures éducatives, observées de près, partagent des intuitions qu'on retrouve rarement dans nos salles de classe standardisées.

La première est que l'espace y est traité comme une déclaration d'intention, pas comme un décor. La façon dont une salle est nommée, agencée, ouverte ou fermée raconte ce qu'on attend de ceux qui y entrent. Une disposition des tables peut dire « écoutez et taisez-vous » ou « explorez et échangez » avant même qu'un mot soit prononcé.

La deuxième est le rapport au dehors et au vivant. Là où nos formations s'enferment souvent entre quatre murs, certains systèmes éducatifs intègrent la lumière naturelle, la nature, le mouvement comme des composantes pédagogiques à part entière — non par esthétisme, mais parce que les neurosciences confirment leur effet sur l'attention et le bien-être des élèves.

La troisième, peut-être la plus déroutante pour nous, est la place donnée à l'appropriation. Dans ces espaces, ce ne sont pas seulement les concepteurs qui décident : les usagers façonnent, déplacent, personnalisent. L'espace n'est jamais tout à fait fini ; il vit avec ceux qui l'habitent.

La bonne nouvelle : ça ne s'importe pas, ça s'adapte

Vous pourriez objecter que les contextes ne sont pas comparables — et vous auriez raison. Une salle de formation pour adultes en France n'est pas une école finlandaise. C'est justement tout l'intérêt de penser en principes plutôt qu'en modèles : on ne copie pas un agencement, on transpose une intention.

Ce qui se transpose, c'est la question que ces espaces posent en silence : qu'est-ce que mon lieu dit de ma pédagogie ? Vous n'avez pas besoin d'un budget québécois ou d'une architecture scandinave pour vous la poser. Vous avez besoin de regarder votre salle avec des yeux neufs — ceux d'un voyageur.

Classes flexibles : ce qu'on peut copier sans tout refaire

Dans les classes flexibles, la disposition du mobilier change selon les usages : travail de groupe, temps individuel, échanges en cercle ou activité pratique. Cette logique fonctionne aussi bien dans une école primaire que dans un lycée professionnel, une salle informatique ou une salle de sciences, à condition de penser les espaces scolaires comme des espaces d'apprentissage évolutifs.

Concrètement, il suffit parfois de prévoir plusieurs zones : un coin pour le travail en groupe, un autre pour la concentration, un espace de ressources et un bureau du professeur qui ne bloque pas la circulation. L'important n'est pas d'avoir des classes flexibles « parfaites », mais une classe flexible adaptée à vos pratiques pédagogiques.

Cette approche aide aussi à mieux gérer la pratique professionnelle, notamment dans les formations où l'on alterne démonstration, mise en situation et retour d'expérience. Quand la disposition du mobilier facilite le passage d'un mode de travail à l'autre, l'apprentissage devient plus fluide.

Et si vous partiez, vous aussi, en exploration ?

Commencez petit. La prochaine fois que vous découvrez un lieu — un tiers-lieu, une bibliothèque repensée, un espace de coworking, une salle de formation chez un confrère — observez ce que son agencement encourage. Qu'est-ce qui vous donne envie d'y rester ? D'y échanger ? De vous y concentrer ? Ces réponses sont déjà des principes que vous pourrez ramener chez vous.

Car repenser le lieu, c'est déjà repenser l'apprentissage — et le voyage commence parfois à la porte d'à côté.


Cet article s'inspire de l'ouvrage Les espaces de formation innovants de Marie-Christine Llorca, fruit du voyage d'exploration MILES (Move in Learning Spaces) mené à travers plusieurs continents. Le livre transforme cette enquête de terrain en une méthode concrète pour concevoir vos propres espaces d'apprentissage. Paru dans la collection « Je maîtrise » chez Clic éditions. [Découvrir le livre →]


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